Quand j'abordais un jour de juillet 1975, un jeune rocker boutonneux vêtu d'un blouson clouté en simili cuir, j'étais loin de me douter que vingt ans après, un nommé Jo, celui qu'on allait nommer le " tueur de l'Est parisien " ferait le guet en bas de chez moi pour une sordide histoire de racket. Kipling disait : " La première victime d'une guerre, c'est la vérité. " La guerre sociale, elle aussi, a pour victime la vérité. Les personnages qui habitent ce livre sont les éléments avancés d'une armée de souffrances, de frustrations, de misères, de rancœurs qui sont le quotidien de milliers d'individus plus ou moins conscients qu'on leur a volé leur vie. Les gangs ont une fonction, ils rassurent ou terrifient, selon l'usage qui en est fait. Ils sont des miliciens, des auxiliaires subjectifs du pouvoir, qui réclament un crédit au nom de la violence et du nombre de leurs militants. Yan Morvan 

Connu comme grand reporter (notamment pour son long travail au Liban), Yan Morvan construit des histoires pour découvrir des mondes. Et pour certains sujets, des années sont nécessaires pour, littéralement, s'immerger dans les milieux qu'il choisit d'appréhender. 
Ainsi Gang restitue une investigation effectuée sur les banlieues parisiennes des années 1970 jusqu'à nos jours. A sa manière, il a partagé la vie au quotidien de gangs à la Française qui n'ont rien à envier à ceux des États-Unis ; A travers ces groupes de jeunes, c'est une véritable autopsie du phénomène 'banlieue' que Yan Morvan nous livre. 
Le journaliste Jean-marc Barbieux, qui a travaillé avec Yan Morvan sur les gangs, a écrit un long récit qui nous fait vivre à travers les tribulations du photographe, l'histoire et la vie au quotidien de ces bandes et de ces banlieues. 

Le photographe montre ses images et raconte son expérience, ses histoires, alternant moments durs, anecdotes et réflexions sur le métier. Il décrypte ses relations avec la presse, comment il jongle entre Libération, Paris-Match et le Figaro-Magazine, comment un reportage dramatisé par un journal - "Loubards, terreur pour le public" - lui apporte les pires ennuis de la part de modèles qui, par nature, ne sont pas des anges. Morvan explique aussi pourquoi, au début des années 80, il est passé de l'instantané en noir et blanc au portrait posé, à la chambre et en couleurs, flairant une évolution déterminante dans les magazines. Bref "Gang" décrit, en textes et en images, ce qu'on appelle un bon professionnel.

Gang - Yan Morvan

150,00 €Prix
  • 9782862343105